Les désastres
environnementaux, naturels, causés par les intempéries
successives accompagnées d’inondations meurtrières, et
la crise gouvernementale ayant duré environ 5 mois (Ndlr
/ du samedi 12 avril au vendredi 5 septembre 2008) ont
dominé l’actualité pendant l’année 2008 en Haïti, relève
l’agence en ligne AlterPresse.
A côté du phénomène
presque récurrent d’insécurité, contre laquelle les
forces nationales et onusiennes tentent d’agir avec une
tendance à la baisse des actes de banditisme vers la fin
de 2009 - malgré la perpétration régulière d’actes
d’enlèvements et de séquestration de personnes -,
l’année 2009 qui se profile devrait amener des
dispositions en ce qui concerne l’aménagement du
territoire, dans la mesure où les autorités se donnent
les moyens énergiques d’une politique pertinente.
A l’exception du tarif
des transports publics, les baisses successives des prix
du carburant n’ont pas encore d’incidences sur
l’augmentation en cascade des autres prix, notamment de
ceux des biens essentiels, lesquels ont été à la base
des manifestations violentes contre la vie chère en
avril 2008, surtout aux Cayes (troisième ville du pays)
et à Port-au-Prince.
Le taux de change de la
gourde par rapport au dollar américain tend à une
stabilité (US $ 1.00 = 40.50 ou 41.00 gourdes).
Sur la plan social, pas
encore de politique institutionnelle en faveur de
l’utilisation du gaz pour la cuisson en vue de freiner
la coupe systématique des arbres et l’usage intensif du
charbon de bois comme combustible chez les ménages, ni
de plan de logement défini et connu qui pourrait
prévenir les effets des secousses sismiques enregistrées
en plusieurs endroits du pays au cours de l’année 2008.
Pour 2009, une lutte
pourrait être engagée sur le terrain écologique, avec un
accent particulier sur la production et la souveraineté
alimentaire nationale, des initiatives cohérentes en
agriculture soutenue et durable, souhaitent différentes
organisations paysannes qui ont investi les rues de
Port-au-Prince à la fin de 2008.
Gérer les catastrophes naturelles et humanitaires
Septembre 2008, le
Parlement vote une loi sur la gestion de l’urgence qui a
permis le déblocage de 197 millions de dollars tirés des
fonds du programme Petrocaribe. Avec ces fonds, le
gouvernement devait exécuter un ensemble de microprojets
visant à réparer les dégâts enregistrés lors des
cyclones de l’été 2008, soulager les familles sinistrées,
les femmes et les jeunes.
Au 2 décembre 2008, 143
millions de dollars ont déjà été décaissés, soit plus de
la moitié de ces 197 millions. La plus grande partie de
ce montant a été absorbée par le secteur agricole,
sérieusement touché par les intempéries d’août et de
septembre.
Dans l’intervalle, des
sinistrés succombent à la faim dans la section communale
de Baie d’Orange à Belle-Anse (Sud-Est) et aux Gonaïves.
Une situation pareille est signalée dans le département
du Sud-Est où une cinquantaine d’enfants en bas âge ont
été tués à cause d’une épidémie de fièvre qui sévissait
dans cette région.
A ces désastres naturels
provoqués par le passage en série de quatre ouragans,
viennent s’ajouter des catastrophes humanitaires
survenues après l’effondrement de deux bâtiments
scolaires en novembre 2008.
Le premier, celui de
l’école « Promesse évangélique » de Nérette à
Pétionville, est enregistré le 7 novembre 2008,
provoquant plus de 90 morts parmi élèves et professeurs
ainsi que 162 blessés parmi les survivants.
Le 12 novembre, un autre
bâtiment scolaire du nom de « Institution mixte Grâce
divine » s’effondre partiellement au Canapé-Vert,
faisant près de dix blessés.
Le 17 novembre, une
partie d’une jolie maison tombe dans un ravin à Musseau
dans la commune de Delmas. Construite sur des failles
près d’un ravin, cette maison est la propriété privée
d’un Haïtien vivant à l’étranger. Les murs de cette
maison et de tant d’autres dans la zone ont été fissurés
lors d’une secousse sismique de quelques secondes, qui a
également fait plier des arbres servant de pylônes
électriques.
L’année de toutes les promesses
La solidarité
internationale est ouvertement manifestée à l’endroit
d’Haïti durant l’année 2008, en raison des inondations
survenues dans ce pays au cours de la saison cyclonique
[qui s’étend du 1er juin au 30 septembre tous les ans].
Des pays comme
l’Espagne, la France, et des institutions comme la
Banque interaméricaine de développement (Bid), annoncent
un doublement de leur aide à Haïti. Les Etats-Unis
d’Amérique, le Canada, l’Union européenne, les pays du
marché commun des Caraïbes (Caricom), la Suisse, le
Japon, entre autres, assistent Haïti dans ces moments
difficiles.
L’Organisation des
Nations Unies (Onu) lance même un « flash appeal »,
visant à collecter 108 millions de dollars pour réparer
les dégâts causés par ces inondations. Mais, la
communauté internationale s’est, depuis, montrée
réticente par rapport à cet appel d’urgence à l’aide en
faveur d’Haïti.
Devant la tribune des
Nations Unies, le président René Préval appelle la
communauté internationale, le 26 septembre 2008, à
briser le paradigme de la charité dans son approche de
coopération avec les pays du Sud, précisant que « la
charité n’a jamais aidé aucun pays à sortir du
sous-développement ».
Rappelant que Haïti a de
fortes potentialités en matière de production, Préval
affirme que « Nous sommes de rudes travailleurs, pétris
par le dur labeur et dotés d’un sens aigu pour la
création d’entreprises et le commerce ».
« Si la communauté
internationale veut faire quelque chose d’utile avec
nous, c’est d’aider les Haïtiens à mettre en valeur ce
potentiel », soutient le président d’Haïti au cours de
la 63e Assemblée générale des Nations Unies.
Haïti – Rép. Dominicaine : la grippe aviaire est
constatée fin 2007 à l’est de l’île
La découverte en
République Dominicaine du virus de la grippe aviaire est
le premier événement majeur de l’année 2008, qui aura
des répercussions en Haïti au début du mois de janvier.
Hautement pathogène, ce
virus a été découvert fin décembre 2007 lorsque les
autorités dominicaines ont décelé deux cas de volailles
porteuses du virus H5N2 : un coq de combat porteur, dans
un groupe de 15 volailles à Higuey (province
d’Altagracia, Est de la République Dominicaine), et un
autre, dans un groupe de 115 volailles à la capitale,
Santo Domingo.
Par mesure de
précaution, les autorités haïtiennes interdisent illico
les importations de volailles et d’oeufs de la
République Dominicaine. Cest le 17 janvier 2008, à la
suite de la visite d’évaluation d’une mission technique
haïtienne dans ce pays voisin.
Carte blanche à Jacques Edouard Alexis à la Chambre
basse
Soixante-trois députés
accordent un vote de confiance au premier ministre
Jacques Édouard Alexis le 28 février 2008, dont le
gouvernement était menacé de destitution par huit
membres de la chambre basse. Ces députés reprochaient à
Alexis l’incapacité de son équipe à s’attaquer aux
problèmes de la vie chère.
« Dans ce mandat de cinq
ans, nous ne pouvons pas résoudre tous les problèmes,
nous ne pouvons pas donner à manger à tous les enfants
(…) Nous ne pouvons pas donner de l’eau potable à tout
le monde », se défendait Alexis, précisant que son
gouvernement a hérité d’un lourd fardeau.
Le député Joseph Isidore
Mercier, qui a présenté l’argumentaire et la motion de
censure contre le gouvernement de Jacques Edouard
Alexis, se déclare « déçu et trahi » par ses collègues
du « Bloc 60 » qui ont voté en faveur du chef du
gouvernement, arguant que « le vote a été dirigé ».
Dans ce contexte, un
nouveau bloc majoritaire dénommé « Concertation des
Parlementaires Progressistes » (CPP), voit le jour avec
pour objectifs de combattre la corruption, promouvoir la
décentralisation et le développement local.
Les
mêmes problèmes persistent
Le maintien de l’équipe
de Jacques Edouard Alexis et les efforts consentis par
les forces de l’ordre n’empêchent pas la tendance à de
nouvelles catastrophes.
De janvier au 6 mars
2008, la mission de stabilisation des Nations Unies en
Haïti (Minustah) dénombre une soixantaine de cas
d’enlèvements sur tout le territoire national.
Entre-temps, les
conditions socioéconomiques la population s’aggravent et
les pauvres deviennent de plus en plus vulnérables.
Ce qui provoque, en
avril 2008, l’éclatement de violentes manifestations de
rues à Port-au-Prince et dans certaines villes de
province.
Le premier ministre
Jacques Edouard Alexis est la première victime politique
de ces « émeutes de la faim » accompagnées de casses et
de pillage.
Interpellé par le Sénat,
le chef du gouvernement est destitué le samedi 12 avril
2008 par une majorité de 2/3, soit 16 sénateurs sur 17
présents.
Pendant que Jacques
Edouard Alexis reçoit son vote de non confiance au
Sénat, le président René Garcia Préval se réunit avec
les importateurs de riz au Palais national.
Dans un intervalle d’un
mois, ces importateurs de riz acceptent de faire passer
leur prix de revient par sac à 48 dollars américains
pour satisfaire la demande nationale, sérieusement
affectée par une hausse vertigineuse des prix de cette
céréale et d’autres biens essentiels à la consommation.
Certains de ces
importateurs de riz se rendront dans la vallée de
l’Artibonite (le grenier dans la production de riz
national) pour des observations du processus mis en
eouvre par productrices et producteurs de riz. A la fin
de l’année 2008, aucune information ne filtre sur les
résultats de ces observations et consultations,
notamment en ce qui a trait à la commercialisation de
cargaisons de riz local resté pendant longtemps dans des
dépôts faute d’une structure opérationnelle de promotion
des ventes.
Nécessité d’un nouveau gouvernement : Défilé de
candidats
Pour combler le vide
laissé par la chute de l’équipe dirigée par Jacques
Edouard Alexis, le président René Préval choisit, le 27
avril 2008, l’Agroéconomiste Ericq Pierre. Membre
d’aucun parti politique, ce dernier est un proche de
Préval qui représente Haïti à la Banque interaméricaine
de développement (Bid) depuis une dizaine d’années.
Ratifié par le Sénat, le
choix de Ericq Pierre est rejeté, le 12 mai 2008, par
les députés de la CPP, évoquant certaines anomalies dans
le dossier du candidat au poste de Premier ministre.
Ces anomalies sont liées
aux faiblesses du système d’état civil haïtien. Sous le
premier mandat de René Préval (1996 – 2001), la
candidature de Ericq Pierre à ce poste a été rejetée
pour les mêmes causes.
Dans la soirée du 25 mai
2008, René Préval désigne son conseiller principal
Robert Manuel pour succéder à Jacques Edouard Alexis à
la suite de l’échec de Ericq Pierre. Ce choix sera, une
nouvelle fois, rejeté par les députés, le 12 juin, sans
donner le temps d’une présentation au Sénat.
Sur 85 députés présents,
57 votent en faveur du rapport de la commission chargée
d’analyser le dossier du premier ministre désigné par le
président René Préval, cette dernière ayant recommandé à
l’assemblée de déclarer Robert Manuel « inéligible ».
Pour la deuxième fois, une femme comme Première ministre
dans une atmosphère de désastres naturels
Après l’échec successif
de deux hommes, René Préval jette son dévolu, le 23 juin
2008, sur Michèle Duvivier Pierre-Louis, une économiste
de 61 ans qui dirige, depuis 1995, la Fondation
Connaissance et Liberté (FOKAL), dont elle est un des
membres fondateurs.
Dans l’histoire récente
d’Haïti, c’est la deuxième fois (après Claudette
Werleigh en 1995) qu’une femme accède au poste de
Première ministre.
Le processus de
ratification ou de rejet de ce choix traîne en longueur,
en raison de rumeurs circulant autour de la vie privée
de la première ministre désignée.
Michèle Pierre-Louis,
qui remplit toutes les conditions pour être la nouvelle
chefffe du gouvernement, dément ces rumeurs en affirmant
que « Mon sens moral et éthique a toujours été reconnu
par tous ».
Après de nombreuses
tractations et incertitudes, le choix de Michèle
Pierre-Louis est ratifié par la Chambre des députés (17
juillet) et par le Sénat (31 juillet).
Sa déclaration de
politique générale est approuvée, le 29 août 2008, par
70 sur 79 députés présents, à l’issue d’une séance qui
dure environ neuf heures d’horloge.
Le Sénat en emboîte le
pas, non sans obstacles, dans la matinée du 5 septembre,
presque dans la confusion [le vote a été repris après un
huis clos successif à un premier vote de rejet] dans un
contexte marqué par des catastrophes naturelles.
Dans l’après-midi du 5
septembre 2008, après le marathon (de débats) terminé à
l’aube, le gouvernement est intronisé lors d’une
cérémonie tenue au Palais présidentiel.
Michèle Duvivier
Pierre-Louis s’engage à travailler pour donner des
résultats, en dépit des dégâts causés par quatre
ouragans en série (Fay, Gustav, Hanna et Ike) qui ont
balayé le pays en moins d’un mois (16 août au 7
septembre 2008).
Ces cyclones ont causé
la mort de plus de 790 personnes dans tout le pays,
particulièrement dans la ville côtière des Gonaïves
(Artibonite, Nord) dévastée par l’ouragan Hanna, en plus
de dégâts matériels considérables.
La
question sécuritaire
C’est en 2008 qu’une
première grande marche pacifique contre le kidnapping a
lieu à Port-au-Prince.
Cette marche, organisée
par le regroupement « Lutte nationale contre le
Kidnapping » (Lunak), mobilise plusieurs milliers de
citoyennes et citoyens, le 4 juin, dans les rues de
Port-au-Prince.
Un projet de loi contre
le kidnapping, proposé par la Lunak, sera voté par le
Parlement en novembre 2008.
Le mandat de la Mission
des Nations Unies de stabilisation en Haïti (Minustah)
est prorogé, le 14 octobre 2008, pour une année
supplémentaire, par le Conseil de sécurité de l’Onu, qui
estime que le climat de sécurité en Haïti est très
précaire.
La situation haïtienne
en Haïti constitue, selon le Conseil de sécurité, une
menace pour la paix et la sécurité internationales dans
la région, malgré les progrès accomplis.
La Police nationale
initie, elle aussi, des dispositions de redynamisation
en vue de contrer les bandits qui sèment la terreur dans
le pays. De présumés kidnappeurs sont arrêtés, d’autres
jugés, puis condamnés lors des assises criminelles de
l’année 2008.
Au cours des trois
dernières années, les actes de criminalité et notamment
le kidnapping ont augmenté de 40% sur le dernier
trimestre, selon la Minustah.
En 2005, 260 personnes
ont été victimes d’actes d’enlèvements au dernier
trimestre contre 116 au trimestre précédent.
En 2007, 65 cas de
kidnapping ont été recensés lors des trois derniers mois
contre 40 pour juillet, août et septembre.
Le mois de décembre,
selon la Minustah, est le mois le plus criminogène, à
cause de l’ambiance festive qui règne dans le pays où
tout le monde cherche à s’approvisionner pour les fêtes,
et les gens malhonnêtes essaient, quant à eux, de faire
leur butin.
Pour mater les actes de
ces malfrats, une opération de sécurité baptisée « Bouclier
bleu », lancée le 8 décembre 2008, doit s’étendre sur
toute la période des fêtes de fin d’année pour prendre
fin le 15 janvier 2009.
Cette opération
conjointe de la Minustah et de la Police haïtienne vise
à prévenir la criminalité, généralement en hausse durant
cette période de l’année, en renforcement du plan de
sécurité déjà actif.
Selon la Minustah,
l’opération a déjà porté des fruits.
Alors que, en décembre
2007, 28 cas de kidnapping ont été enregistrés, en
décembre 2008, très peu de cas ont été signalés par les
forces de l’ordre.
Pour des actions durables en matière de souveraineté
alimentaire
A l’initiative de
différentes organisations paysannes, des habitantes et
habitants venus des dix départements géographiques du
pays réalisent, le vendredi 12 décembre 2008, une grande
première : une manifestation de plusieurs milliers de
personnes dans la capitale pour revendiquer en faveur de
la reconquête de la souveraineté alimentaire nationale
(de la consommation de produits naturels et biologiques
nationaux), de la reconstruction de l’environnement
national et contre le projet de transformation des
terres agricoles nationales en terres de production
d’agrocarburant.
Cette mobilisation, qui
fait suite à divers ateliers régionaux, devra prendre
d’autres formes de sensibilisation durant l’année 2009,
projettent les organisations paysannes en Haïti